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13 min de lecture

Décroissance livre : les 12 textes pour comprendre ce courant de pensée

Sélection des meilleurs textes sur la sobriété volontaire. De Georgescu-Roegen à Parrique, les auteurs qui repensent croissance, limites et société.

Décroissance livre : les 12 textes pour comprendre ce courant de pensée

La planète perd chaque année 10 millions d’hectares de forêt. Les émissions de CO₂ atteignent 37 milliards de tonnes. La consommation mondiale de ressources a triplé depuis 1970, selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Face à ces chiffres, un courant gagne du terrain : la décroissance.

Mais par où commencer quand on veut comprendre cette pensée ? Par la lecture. Les penseurs de ce mouvement ont produit une bibliothèque dense, parfois aride, souvent percutante. Ce guide trie, classe et recommande les textes de référence selon votre niveau et vos questions.

Sélection de textes sur la sobriété volontaire

📌 À retenir : Ce courant n’est pas un retour à la bougie. C’est une pensée structurée qui interroge le lien entre croissance, bien-être et limites planétaires.

Le cadre théorique : rappel des fondations

Ce mouvement remet en cause l’objectif de croissance permanente du PIB. Le constat de départ est simple : une expansion infinie dans un monde aux ressources finies est une impossibilité physique.

Le concept s’appuie sur des travaux scientifiques précis. L’économiste Nicholas Georgescu-Roegen a posé les bases dans les années 1970, en montrant que tout processus de production dégrade de l’énergie de manière irréversible. Sa loi d’entropie appliquée aux sciences économiques reste le socle du mouvement.

Pour approfondir la décroissance définition, notre article dédié détaille les différentes acceptions du terme — de la sobriété choisie à la critique du productivisme.

Pourquoi ce débat revient sur le devant de la scène

Trois facteurs expliquent le regain d’intérêt en France et en Europe :

  1. La crise climatique — Le rapport du GIEC 2023 confirme que les trajectoires actuelles mènent à +2,5 °C minimum d’ici 2100.
  2. L’épuisement des ressources — L’Agence internationale de l’énergie prévoit un pic de production pétrolière conventionnelle déjà dépassé.
  3. Le malaise social — Malgré 60 ans de croissance en France, les indicateurs de bien-être stagnent depuis les années 1990 (données INSEE).

📊 Chiffre clé : Le « jour du dépassement » mondial est passé du 29 décembre (1970) au 1er août (2024). L’humanité consomme désormais 1,7 Terre par an.

Ce modèle propose de sortir du système actuel en réduisant volontairement la production et la consommation dans les pays riches, tout en redistribuant vers les pays du Sud. Ce n’est pas une récession subie, mais une transformation organisée de la société.

Les précurseurs : textes fondateurs à connaître

Nicholas Georgescu-Roegen — The Entropy Law and the Economic Process (1971)

Le texte fondateur. Georgescu-Roegen, économiste roumain formé à Harvard, démontre que la discipline économique ignore les lois de la thermodynamique. Toute production consomme de l’énergie à faible entropie et rejette de l’énergie à haute entropie — irrécupérable.

Cet ouvrage est dense et technique. Il s’adresse à ceux qui veulent comprendre la racine scientifique du problème. L’édition française (Entropie, écologie, économie, préfacée par Jacques Grinevald) offre une version plus accessible.

⚠️ Attention : Ce n’est pas un texte de vulgarisation. Prévoyez un crayon et du temps. Mais chaque page modifie durablement la façon de penser l’économie.

Ivan Illich — La Convivialité (1973)

Ivan Illich est un penseur inclassable : prêtre, philosophe, historien. Dans La Convivialité, il attaque l’idée de progrès technologique en montrant que les outils, passé un certain seuil, asservissent au lieu de libérer. La voiture en est son exemple phare : en comptant le temps passé à la payer, l’entretenir et la réparer, le conducteur moyen se déplace à 6 km/h.

Illich a aussi écrit Énergie et équité et Une société sans école. Chacun de ses textes pose les mêmes interrogations : qui décide de ce dont on a besoin ? Et au profit de qui ?

Pour ceux qui s’intéressent à sa critique du système scolaire, notre article sur l’éducation alternative prolonge cette réflexion.

Club de Rome — Les Limites à la croissance (1972)

Commandé au MIT par le Club de Rome, ce rapport (dit « rapport Meadows ») utilise un modèle informatique pour simuler cinq variables mondiales : population, production industrielle, pollution, alimentation et environnement naturel. Résultat : sans changement majeur, le système s’effondre avant 2100.

Donella et Dennis Meadows ont réactualisé leurs données en 2004 (Limits to Growth: The 30-Year Update). Les trajectoires réelles suivent le scénario « business as usual » à 1 % près. L’édition chez Rue de l’échiquier reste une référence accessible.

📌 À retenir : Le rapport Meadows ne prédit pas la fin du monde. Il montre que sans infléchir les courbes, les limites physiques imposent un déclin non choisi — une récession, pas un changement volontaire.

Les auteurs contemporains

Serge Latouche — Le Pari de la décroissance (2006)

Serge Latouche est l’économiste français le plus associé à ce mouvement. Professeur émérite à Paris-Sud, il a publié une trentaine de titres. Le Pari synthétise sa pensée en huit chapitres clairs.

Il y développe son programme en « 8 R » : réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler. Ce modèle dépasse la simple critique. Il pose les bases d’un projet collectif alternatif, articulant justice sociale et transition dans un cadre cohérent.

Son Petit traité de la décroissance sereine (Mille et une nuits, 2007) est plus court, plus direct. Idéal pour entrer dans le sujet.

💡 Conseil : Commencez par le Petit traité si le sujet est nouveau pour vous. Passez au Pari ensuite pour approfondir les enjeux institutionnels et les mécanismes de redistribution.

Timothée Parrique — Ralentir ou périr (2022)

Timothée Parrique a rédigé la thèse de doctorat la plus complète sur le sujet (800 pages, Université de Clermont Auvergne puis Stockholm). Ralentir ou périr condense cinq ans de recherche en 300 pages lisibles.

Sa force : démonter un par un les arguments pro-croissance avec des données chiffrées. Découplage absolu entre PIB et émissions ? Jamais observé à l’échelle mondiale. Croissance verte ? Les gains d’efficacité sont annulés par l’effet rebond. Parrique est devenu l’une des voix les plus écoutées parmi les penseurs et penseuses de la nouvelle génération.

Ce texte a reçu le Prix du meilleur essai en France en 2023. Il fait partie des décroissance exemple les plus concrets et accessibles.

Giorgos Kallis — Degrowth (2018)

Giorgos Kallis, chercheur à l’Université autonome de Barcelone, propose une synthèse académique courte (140 pages) et dense. Son angle : un projet démocratique assumé, pas un déclin subi.

L’édition anglaise fait référence dans le monde universitaire. La traduction française reste attendue, mais le texte est accessible en anglais. Kallis aborde aussi la situation des pays du Sud — un sujet souvent esquivé par les auteurs francophones.

Écologie et environnement : la bibliothèque verte

Ce courant ne se réduit pas aux questions économiques. Il interroge notre rapport à l’environnement, aux milieux naturels et à la biodiversité dans son ensemble.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens — Comment tout peut s’effondrer (2015)

Ce texte a lancé le concept de « collapsologie » en France. Servigne et Stevens compilent des données sur le climat, l’énergie, la biodiversité et la finance pour montrer les risques d’effondrement systémique.

Le texte ne se revendique pas directement du mouvement décroissant, mais pose les mêmes interrogations : peut-on poursuivre sur cette trajectoire ? L’environnement le permet-il ? L’édition poche (Points, 2021) ajoute une postface actualisée.

André Gorz — Écologie et politique (1975)

André Gorz, philosophe franco-autrichien, a forgé le terme « écologie politique » en France. Son texte lie la crise de l’environnement à la critique du capitalisme industrielle. Pour Gorz, la question écologique est d’abord politique : qui décide de la production, et pour satisfaire quels besoins ?

Gorz a aussi théorisé la « sobriété durable » dès les années 1970 — bien avant que ce vocabulaire ne se répande. Son idée d’un collectif où la production sert l’autonomie plutôt que l’accumulation reste d’une actualité brûlante.

📊 Chiffre clé : En 2024, 72 % des Français se disent préoccupés par l’état de l’environnement (baromètre ADEME). Mais seuls 18 % sont prêts à réduire significativement leur consommation.

Société et politique : élargir le débat

Jean-Claude Michéa — Le Loup dans la bergerie (2017)

Michéa, philosophe montpelliérain, articule la critique du libéralisme marchand et du libéralisme culturel. Son rapport au mouvement décroissant passe par la défense du « common decency » — la décence ordinaire des gens du peuple, idée empruntée à George Orwell.

Ce texte ne parle pas explicitement de ce courant, mais il nourrit la réflexion sur le type d’organisation collective souhaitable. Les questions qu’il soulève — autonomie locale, marché, lien social — recoupent directement les idées portées par les penseurs du mouvement.

Dominique Méda — La Mystique de la croissance (2013)

Dominique Méda, sociologue et professeure à Paris-Dauphine, retrace l’histoire du PIB comme indicateur central. Son analyse montre comment la discipline a réduit la notion de progrès à un chiffre unique — le taux de croissance — en ignorant les dégâts sociaux et environnementaux.

Les éditions Flammarion proposent une version poche actualisée. Méda suggère d’autres indicateurs : empreinte écologique, indice de développement humain ajusté, bien-être auto-déclaré.

💡 Conseil : Ce texte convient à ceux qui s’interrogent sans adhérer encore au mouvement. Méda propose des outils pour repenser le progrès sans dogmatisme.

Le lien entre ce courant et la pensée critique est direct : interroger l’obsession de la croissance, c’est refuser de tenir un modèle pour acquis.

Comment choisir sa première lecture

Le choix dépend de votre point de départ. Voici un classement par profil de lecteur :

Vous découvrez le sujet :

  • Petit traité de la décroissance sereine (Latouche) — Court, clair, programmatique
  • Ralentir ou périr (Parrique) — Données récentes, argumentation méthodique

Vous voulez comprendre la théorie :

  • The Entropy Law and the Economic Process (Georgescu-Roegen) — Le socle scientifique
  • La Convivialité (Ivan Illich) — La critique radicale des outils et du progrès technique

Vous cherchez le lien avec l’écologie :

  • Les Limites à la croissance (Meadows) — Le rapport pionnier sur l’environnement et les ressources
  • Comment tout peut s’effondrer (Servigne) — L’angle effondrement

Vous voulez un projet politique :

  • Le Pari de la décroissance (Latouche) — Le programme des 8 R
  • Écologie et politique (Gorz) — L’articulation entre écologie et engagement durable

Pour ceux que le sujet pousse vers la simplification du quotidien, notre guide sur le minimalisme complète la réflexion par la pratique.

📌 À retenir : Il n’y a pas de « meilleur » texte. Le bon choix est celui qui correspond à vos questions du moment. Commencez par un seul titre, puis laissez les références citées guider la suite.

Philosophie ou programme économique : faut-il choisir

C’est les deux. Et c’est ce qui rend la lecture riche et parfois déroutante.

D’un côté, Ivan Illich et André Gorz posent des interrogations philosophiques : qu’est-ce qu’une vie bonne ? L’autonomie est-elle possible dans une société de masse ?

De l’autre, Georgescu-Roegen et Parrique raisonnent en économistes : entropie, courbes d’extraction, effet rebond, comptabilité nationale. Leur approche s’appuie sur des données mesurables, pas sur des abstractions.

Pour comprendre pourquoi la décroissance est une philosophie autant qu’un programme d’action, notre article dédié retrace cette double filiation intellectuelle.

Revues, documentaires et podcasts pour aller plus loin

Les textes ne sont pas la seule porte d’entrée. Quelques ressources complémentaires :

Revues :

  • La Décroissance (journal mensuel, éditions depuis 2004, France)
  • Silence (revue d’écologie fondée en 1982)
  • Socialter (dossiers réguliers sur les alternatives au productivisme)

Documentaires :

  • Demain (Mélanie Laurent, Cyril Dion, 2015) — Pas décroissant au sens strict, mais montre des alternatives concrètes dans le monde
  • L’Âge des Low Tech (adapté de Philippe Bihouix, 2021)

Podcasts :

  • Présages (Alexia Soyeux) — Entretiens longs avec des penseurs et penseuses de l’écologie et de la société durable
  • Sismique (Julien Devaureix) — Interviews de chercheurs sur la crise environnementale et les voies de transformation

Notre sélection de lectures recommandées approfondit ces recommandations.

FAQ

Quelle est la théorie de la décroissance ?

C’est un courant de pensée qui conteste l’objectif de croissance illimitée du PIB. Il s’appuie sur les travaux de Nicholas Georgescu-Roegen (entropie), d’Ivan Illich (critique de la technique) et de Serge Latouche (programme des 8 R). L’idée centrale : dans un monde aux ressources finies, la croissance permanente est une impossibilité physique. Ce mouvement propose de réduire volontairement production et consommation dans les pays industrialisés pour rester dans les limites de l’environnement planétaire.

Qui est Timothée Parrique ?

Timothée Parrique est un économiste français, docteur en sciences (thèse soutenue entre Clermont-Auvergne et Stockholm). Son ouvrage Ralentir ou périr (2022) est devenu une référence en France. Il y démonte les arguments en faveur de la croissance verte avec des données chiffrées et une méthode rigoureuse. Son travail se distingue par l’accessibilité de l’écriture et la solidité des sources.

Quel est le meilleur texte pour débuter

Pour une première lecture, deux choix se détachent. Le Petit traité de Latouche (2007) offre un résumé clair en moins de 200 pages. Ralentir ou périr de Timothée Parrique (2022) propose une argumentation actualisée avec des données récentes. Le premier pose le cadre politique, le second fournit les preuves. Ensemble, ils couvrent les idées de base que se pose tout lecteur qui aborde le sujet.