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Décroissance exemple : 12 cas concrets en France et dans le monde

Découvrez 12 exemples concrets de décroissance : initiatives locales, politiques publiques et modèles économiques alternatifs inspirés de Serge Latouche.

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Décroissance exemple : 12 cas concrets en France et dans le monde

La décroissance reste un concept mal compris. On entend « récession », « retour à la bougie », « misère volontaire ». Pourtant, des initiatives concrètes existent déjà — au Bhoutan, en Suède, dans des communes rurales comme dans des métropoles.

Cet article rassemble 12 cas réels, à l’échelle individuelle, territoriale et des politiques publiques. Chacun montre comment ce mouvement passe de la théorie de Serge Latouche et de Nicholas Georgescu-Roegen à la pratique quotidienne.

Décroissance exemple — initiatives concrètes et modèles économiques alternatifs

Qu’est-ce que la décroissance ? Rappel du concept

La décroissance est un mouvement politique et économique qui remet en cause la croissance du PIB comme objectif de société. Le mot apparaît dans les années 1970, porté par les travaux de Nicholas Georgescu-Roegen. Cet économiste roumain démontre dans The Entropy Law and the Economic Process (1971) que toute production économique consomme des ressources de manière irréversible. Roegen pose ainsi les bases d’une critique radicale de l’économie classique.

Serge Latouche, économiste français et professeur émérite à Paris-Sud, popularise le concept en France dans les années 2000. Son ouvrage Le pari de la décroissance (2006) propose un programme structuré autour des « 8 R » : réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler. Latouche insiste : la décroissance n’est pas un recul économique subi, mais un projet de société délibéré.

📌 À retenir : Georgescu-Roegen a fourni la base scientifique (entropie et limites physiques). Serge Latouche a traduit cette théorie en programme politique concret. Les deux sont indissociables pour comprendre la décroissance.

La décroissance définition complète de ce mouvement mérite un article dédié. Ici, on se concentre sur les exemples pratiques.

4 exemples de décroissance à l’échelle individuelle

Les objecteurs de croissance en France

En France, les objecteurs de croissance forment un mouvement de citoyens qui réduisent volontairement leur travail, leur revenu et leur consommation. Le Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC) regroupe plusieurs milliers de membres actifs.

Concrètement, cela prend des formes variées :

  • Passer à temps partiel pour réduire le temps de travail salarié
  • Produire une part de sa nourriture (potager, conserves)
  • Refuser la publicité et limiter les achats de produits neufs
  • Mutualiser les services (voiture partagée, achats groupés)

Le sociologue Paul Ariès considère ces pratiques comme « le premier étage de la fusée décroissante ». Sans changement politique structurel, elles restent limitées. Mais elles prouvent que vivre avec moins de richesse monétaire ne signifie pas vivre moins bien. La richesse réelle — temps libre, liens sociaux, santé — s’en trouve souvent renforcée.

💡 Conseil : Calculez votre empreinte écologique sur le site de l’ADEME (Nos Gestes Climat). Ce chiffre donne un point de départ concret pour identifier les postes de consommation à réduire.

La sobriété énergétique volontaire

Le plan de sobriété énergétique lancé en France en 2022 a montré qu’une réduction de 10 % de la consommation d’énergie était atteignable sans perte de confort notable. Un exemple de décroissance appliquée au secteur de l’énergie, soutenu par une politique publique.

À l’échelle d’un foyer :

  • Température à 19 °C en journée, 16 °C la nuit (économie de 7 % par degré)
  • Suppression du sèche-linge (350 kWh/an économisés)
  • Extinction des appareils en veille (jusqu’à 10 % de la facture)

L’écologie au quotidien passe par ces gestes de réduction. Ils s’inscrivent dans la logique de Roegen : toute énergie consommée est dissipée. La sobriété est le seul moyen de ralentir l’entropie du système économique.

📊 Chiffre clé : En France, le secteur résidentiel représente 30 % de la consommation finale d’énergie. Réduire de 10 % ce poste équivaut à fermer deux réacteurs nucléaires.

L’habitat partagé et les écolieux

Le réseau Habitat Participatif recense plus de 800 projets d’habitats groupés en France. Le principe : mutualiser les espaces et les services (buanderie, atelier, jardin, chambre d’amis) pour diminuer la surface bâtie par personne et les ressources consommées.

L’écolieu de Sainte-Camelle (Ariège) accueille 25 habitants sur 6 hectares. Production maraîchère collective, énergie solaire partagée, un véhicule pour cinq foyers. Le revenu moyen reste modeste, mais la richesse de vie — mesurée par le temps libre, les liens sociaux, la santé — dépasse celle de ménages urbains aisés selon les travaux de Tim Jackson (Prospérité sans croissance, 2009).

L’écologie de l’habitat passe aussi par le choix des matériaux. Les écolieux privilégient le bois local, la terre crue, la paille — des matières premières à faible empreinte écologique. Ce modèle économique de l’habitat s’oppose à la promotion immobilière classique, où la production de mètres carrés est une fin en soi.

Le low-tech et le refus de l’obsolescence

Le mouvement low-tech, porté par l’ingénieur Philippe Bihouix (L’Âge des low tech, 2014), propose des produits réparables et économes en ressources. La décroissance appliquée à la production industrielle.

En France, plus de 300 Repair Cafés permettent de réparer gratuitement des objets. L’Atelier Paysan conçoit des machines agricoles open-source que les agriculteurs réparent eux-mêmes. Le Fairphone offre un téléphone modulaire conçu pour durer sept ans.

Serge Latouche voit dans le low-tech un exemple concret de « reconceptualisation » — le troisième R de son programme. Il ne s’agit pas de refuser la technique, mais de soumettre la production aux limites de l’environnement plutôt que l’inverse.

4 exemples de décroissance à l’échelle des territoires

Les Villes en Transition

Le mouvement des Villes en Transition, lancé par Rob Hopkins à Totnes (Angleterre) en 2006, touche aujourd’hui plus de 1 000 villes dans le monde. En France, une cinquantaine de communes appliquent ce modèle de développement local résilient.

Ungersheim (Alsace, 2 000 habitants) est l’exemple le plus abouti en France. Cantine 100 % bio et locale, chaufferie bois, régie agricole municipale, monnaie locale (le Radis). Le développement de la commune ne passe plus par l’attraction d’entreprises extérieures, mais par l’autonomie des services publics et des circuits courts.

📌 À retenir : Les villes en transition ne prônent pas l’autarcie. Elles réduisent la vulnérabilité du territoire face aux crises (énergie, climat, économie) en diversifiant les ressources locales.

Ce modèle rejoint la pensée de Latouche sur la relocalisation de l’économie. Il démontre qu’un développement territorial peut se construire sans croissance du PIB local.

Les monnaies locales : l’économie relocalisée

En France, plus de 80 monnaies locales circulent : l’Eusko au Pays basque, le Sol-Violette à Toulouse, la Gonette à Lyon. Ces instruments relocalisent les échanges entre les services, les commerces et les producteurs d’un territoire.

L’Eusko est devenu la plus grande monnaie locale d’Europe avec 4 millions d’euros en circulation. Quand on paie en Eusko, la richesse reste sur le territoire basque. Chaque euro converti circule en moyenne cinq fois plus longtemps que dans le circuit bancaire classique.

Georgescu-Roegen et Latouche appellent cela la « bioéconomie » : une économie ancrée dans les limites de l’environnement local. Les monnaies locales sont un exemple de décroissance du système financier mondialisé au profit d’échanges à taille humaine.

Le Bhoutan et le Bonheur National Brut

Le Bhoutan est le seul pays au monde à avoir remplacé le PIB par le Bonheur National Brut (BNB) comme indicateur de développement. Depuis 1972, ce pays de 780 000 habitants mesure la richesse nationale selon neuf critères : bien-être psychologique, santé, éducation, gouvernance, vitalité communautaire, écologie, usage du temps, niveau de vie et diversité culturelle.

Résultat : bilan carbone négatif, 72 % de couverture forestière, constitution qui impose un minimum de 60 % de forêts pour les générations futures. Serge Latouche cite souvent cet exemple pour illustrer qu’un développement sans croissance économique du PIB est viable. Le Bhoutan reste pauvre en termes de revenu par habitant, mais ses indicateurs de satisfaction dépassent ceux de sociétés bien plus riches.

Georgescu-Roegen posait la question dès 1971 : comment mesurer la richesse si l’on ignore la destruction des écosystèmes ? Le Bhoutan propose une réponse politique concrète à cette interrogation.

📊 Chiffre clé : Le Bhoutan absorbe 9,4 millions de tonnes de CO₂ par an et n’en émet que 3,8 millions. Un bilan carbone négatif unique parmi les pays du monde.

La décroissance du temps de travail

La réduction du temps de travail est un exemple historique de politique décroissante. En France, le passage aux 35 heures en 2000 a réduit la production par salarié, redistribué l’emploi et libéré du temps pour des activités non marchandes.

L’économiste Dominique Méda (Le Travail, une valeur en voie de disparition ?) défend une baisse progressive vers 32 heures. LDLC (e-commerce, 1 000 salariés en France) est passé à la semaine de 4 jours en 2021 sans baisse de salaire. En Suède, des essais de journées de 6 heures dans les services publics de Göteborg ont fait baisser l’absentéisme de 25 %.

La décroissance du travail salarié ne signifie pas l’oisiveté. Elle réoriente le temps humain vers des activités hors marché : éducation, soin, production domestique, vie associative. Latouche y voit la possibilité d’une richesse non monétaire — celle du temps et des liens.

💡 Conseil : Négocier un 4/5e (80 %) est une première étape accessible. La baisse de revenu est souvent compensée par la réduction des dépenses liées au travail (transport, restauration).

4 exemples de décroissance dans les politiques publiques

L’interdiction de l’obsolescence programmée

La France est le premier pays à avoir pénalisé l’obsolescence programmée (loi de 2015). Les fabricants risquent deux ans de prison et 300 000 € d’amende. Cette politique s’attaque à la logique productiviste dénoncée par la décroissance : fabriquer des produits jetables pour soutenir la croissance des ventes.

L’impact concret reste limité (peu de condamnations), mais le signal politique compte. D’autres pays suivent le modèle français. La France impose aussi un indice de réparabilité depuis 2021 — un pas vers la décroissance de la production de déchets électroniques dans un monde qui en génère 50 millions de tonnes par an.

Les indicateurs alternatifs au PIB

Plusieurs pays expérimentent des indicateurs de richesse au-delà du PIB. En France, la loi Éva Sas (2015) oblige le gouvernement à publier dix indicateurs complémentaires : empreinte carbone, espérance de vie, taux de pauvreté, satisfaction dans la vie.

La Nouvelle-Zélande a adopté un « budget bien-être » en 2019 qui oriente les dépenses publiques vers cinq priorités : santé mentale, pauvreté des enfants, inégalités, transition écologique, innovation sociale. Le PIB n’y est plus le critère principal de réussite politique.

Roegen avait posé le problème dès 1971 : le PIB comptabilise la production de pétrole et d’armes au même titre que l’éducation et la santé. Il ne distingue pas la richesse réelle de la richesse destructrice. Les économistes proches de la décroissance — Serge Latouche, Jean Gadrey, Dominique Méda — militent pour des indicateurs qui intègrent l’état de l’environnement, la qualité des services publics et la répartition des richesses.

⚠️ Attention : Changer d’indicateur ne suffit pas à changer de société. Roegen et Latouche le rappellent : tant que l’économie mondiale repose sur l’extraction croissante de ressources, aucun tableau de bord ne résoudra la crise écologique. Les indicateurs alternatifs sont un outil, pas une fin.

La décroissance sélective par secteurs

Timothée Parrique, chercheur en économie écologique à l’université de Lund (Ralentir ou périr, 2022), défend le concept de « décroissance sélective ». L’idée : réduire la production dans les secteurs les plus polluants (pétrole, aviation, fast fashion, publicité) tout en maintenant ou développant les secteurs soutenables (santé, éducation, culture, écologie).

Cette approche répond à l’objection classique : « la décroissance, c’est la crise pour tout le monde ». Non. C’est la décroissance du SUV et la croissance de l’école. La réduction du béton et le développement des sciences humaines. La fin des services publicitaires pour les entreprises fossiles et le financement de la recherche.

En France, le Haut Conseil pour le Climat (rapport 2023) rejoint cette théorie en distinguant les secteurs « à décarboner » et les secteurs « à développer ». La décroissance sélective propose d’aller au-delà : réduire la taille même de certains secteurs économiques, pas seulement leur empreinte carbone.

Serge Latouche parle de « sortie de l’économie ». Non pas l’absence d’échanges et de services, mais la fin de l’économisme comme vision du monde. Georgescu-Roegen posait déjà cette question : peut-on avoir une économie qui respecte les lois de la thermodynamique ? La décroissance sélective tente d’y répondre.

Le revenu de transition écologique

L’économiste Sophie Swaton a proposé en 2017 le concept de Revenu de Transition Écologique (RTE). Le principe : verser un revenu aux personnes qui s’engagent dans des activités de reconversion écologique — agroécologie, réemploi, services de proximité.

Testé à Grande-Synthe (Nord) avec l’appui de la mairie, le RTE a permis à des dizaines de bénéficiaires de créer des activités à faible impact. Ce modèle économique s’oppose au développement par l’emploi industriel. Il finance la décroissance des activités polluantes tout en créant de la richesse locale.

Le RTE illustre un principe cher à Latouche : la transition ne peut pas reposer uniquement sur la volonté individuelle. Elle a besoin de politiques publiques qui rendent la décroissance viable économiquement pour les sociétés comme pour les individus.

Décroissance et développement : deux modèles en tension

Le débat entre décroissance et développement durable structure les sciences économiques et l’écologie politique depuis 30 ans. Pour Serge Latouche, le « développement durable » est un oxymore. Tout développement implique une augmentation de la production, de la consommation d’énergie et de l’extraction de ressources.

Georgescu-Roegen l’avait démontré sur le plan théorique : l’entropie rend impossible tout recyclage indéfini. La matière se dégrade. L’énergie se dissipe. L’économie ne peut pas croître sans limites dans un monde aux ressources finies.

Les économistes classiques répondent que le découplage (croissance du PIB avec baisse des émissions) est possible. Mais les chiffres ne confirment pas cette théorie à l’échelle du monde. L’économie mondiale a crû de 60 % entre 2000 et 2023. Les émissions de CO₂ aussi. L’étude de Haberl et al. (Nature, 2020) montre qu’aucun pays n’a atteint un découplage absolu et durable.

La pensée critique est précieuse ici : les promesses de « croissance verte » méritent le même examen rigoureux que toute autre affirmation politique. Et notre sélection de décroissance livre couvre les travaux des auteurs majeurs, de Roegen à Parrique.

📌 À retenir : Serge Latouche résume la tension en une phrase : « On ne peut pas avoir une croissance infinie dans un monde fini. » Georgescu-Roegen ajouterait : « …parce que les lois de la physique l’interdisent. »

Comment passer à l’action : 5 premiers pas

La décroissance ne demande pas de tout changer d’un coup. Cinq actions accessibles, inspirées des exemples ci-dessus :

  1. Calculer son empreinte écologique et identifier les trois postes les plus lourds (transport, alimentation, logement en général)
  2. Réduire un poste de consommation par mois (abonnements, achats en ligne, vêtements neufs)
  3. Relocaliser ses achats alimentaires via une AMAP ou un marché paysan
  4. Réparer plutôt que remplacer — trouver le Repair Café le plus proche sur repaircafe.org
  5. S’informer — lire un livre sur la décroissance pour approfondir le concept et ses implications

L’éducation alternative offre des pistes complémentaires. Apprendre autrement, c’est questionner le modèle productiviste dès l’enfance : moins de compétition, plus de coopération, plus de contact avec l’environnement naturel. La décroissance commence aussi par la manière dont on forme les futures sociétés.

Pour des ressources sur le minimalisme et la consommation responsable au quotidien, ce guide pratique rassemble des outils concrets pour repenser son rapport à la richesse matérielle.

💡 Conseil : La décroissance est une philosophie avant d’être un programme politique. Commencer par lire Serge Latouche ou Georgescu-Roegen permet de comprendre pourquoi ces exemples sont reliés par une même vision du monde et de l’économie.

FAQ — Décroissance exemple

Qu’est-ce que ça veut dire décroissance ?

La décroissance est un mouvement politique et économique qui propose de réduire volontairement la production et la consommation pour respecter les limites écologiques de la planète. Serge Latouche la définit comme une « sortie de l’économisme » : remplacer la course au PIB par la recherche du bien-être collectif. Le concept s’appuie sur les travaux de Georgescu-Roegen sur l’entropie et les limites physiques de l’économie. Contrairement à la crise ou à la récession, la décroissance est un choix de société, pas un accident économique.

Quels sont les 3 types de croissance ?

Les économistes distinguent trois types de croissance : la croissance extensive (augmenter les facteurs de production — plus de travail, plus de capital, plus de ressources), la croissance intensive (produire plus avec les mêmes facteurs grâce à l’innovation) et la croissance verte (découplage entre PIB et impact sur l’environnement). La décroissance conteste les trois. La croissance extensive épuise les ressources naturelles. La croissance intensive a des limites physiques que Roegen a démontrées. La croissance verte n’a jamais été prouvée à l’échelle du monde — l’économie mondiale continue d’augmenter ses émissions et sa consommation de matières premières.

Comment faire de la décroissance au quotidien ?

Faire de la décroissance au quotidien passe par des gestes concrets de réduction : sobriété énergétique, relocalisation des achats (AMAP, circuits courts), réparation au lieu du remplacement (Repair Cafés), réduction du travail salarié si possible. Latouche rappelle que l’objectif n’est pas la privation mais le réalignement entre besoins réels et consommation. Les objecteurs de croissance en France montrent qu’un revenu modeste associé à une faible consommation produit une richesse de vie — temps, liens, santé — supérieure à celle d’un cadre surconsommateur. L’écologie au quotidien rejoint ici la philosophie politique de la décroissance.

L'auteur

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Redacteur passionné. Il partage ses connaissances à travers des guides pratiques et des outils gratuits.

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